Rien, vraiment rien ne pré– disposait la sagesse austère à succomber sous la déflagration chromatique du destin animé. La toile gît, déchirée, éventrée, ravagée par une effusion déstructurée de couleurs brûlantes. Formes torturées, courbes anéanties, ce qui devrait n’être que désolation s’est muée en une chaude harmonie, une île incandescente, stupéfaite d’avoir extirpé dans cet embrasement la source même de sa beauté.
Cette schématisation picturale ne se nourrit au demeurant guère d’une quelconque préméditation. Comme s’en explique son auteur, Anthony Bouvet, elle surgit dans les derniers instants de la création, improbable: « Au tout début je croquais des semblants d’esquisses avant d’attaquer la toile… Je me suis progressivement éloigné de ce cheminement pour privilégier une approche instinctive. Je place un fond, colle une pièce, puis pars à l’aventure. Sans expérience technique ni objectif éthique ». Agé de 21ans, il a pour seul bagage artistique les cours dispensés par Rémi Reigner au lycée: « Il nous a incités à ne jamais placer ni barrière ni con-trainte… avec le temps, je m’aperçois que je suis toujours conditionné par les frontières du beau. La toile finie, je ne peux m’empêcher d’harmoniser les cou-leurs, d’homogénéiser l’espace ».
Sur l’une de ses toiles de love discrètement une ombre verte, furtive, discrète. Elle strie l’enfer jaune rouge sang, petite note d’humanité dans une création tourmentée:
« Étrangement avoue Anthony, c’est la première fois que je parviens à glisser cette couleur dans un tableau ». Un plaisir simple, et sans doute l’expression d’un talent en composition. Quatrième au salon du printemps d’Albertville, Anthony Bouvet a tout l’avenir devant lui pour se faire une signature, même à ses dépens: « Je ne m’imagine pas peindre pour vendre mon nom plutôt que mes compositions… j’aurais l’impression d’abandonner ce plaisir égoïste qui fait que l’on œuvre aussi pour soi ».
Article paru dans la Savoie le 6 juin 2003 et écrit par Johan Fabin